Ecole rurale - Quels atouts ???

Publié le par lecoledufresnecamillyvivra


En guise de réponse à la réunion informelle et hors la loi organisée par l'un des vice-présidents de la commission scolaire d'Entre Thue et Mue - au cours de laquelle il dénonce l' "inconvénient" de l'école du Fresne-Camilly représenté par les classes à plusieurs niveaux,

en guise de réponse au second de ces vice-présidents qui utilise le même argument en commission scolaire le 4 mars 2010 pour suggérer que les enfants de maternelle du Fresne-Camilly soient rattachés à l'école de Cairon,

en guise de réponse à Mr l'inspecteur de la circonscription Caen-Ouest qui indique le 8 avril 2010 en réunion publique au Fresne-Camilly qu'une classe à 3 niveaux n'est pas indiqué pour l'enseignement aux enfants, 

 

une étude, une de plus, réalisée par un inspecteur d'académie, argumentée et justifiées par des références explicites !

 

 

ECOLE RURALE : QUELS ATOUTS ?

 

  

Pierre CHAMPOLLION

Inspecteur d’académie-inspecteur pédagogique régional

Co-responsable de l’Observatoire de l’Ecole Rurale (OER)

Consultant de la Fédération Française d’Economie Montagnarde (FFEM)

Expert européen

 

 

 

Introduction

 

A chaque fois qu’il est question de ruralité dans un article, la même antienne revient de façon récurrente  : la ruralité est toujours approchée par ses handicaps, réels ou supposés, son isolement, qu’il soit géographique, culturel ou social, sa désertification, sa fragilité économique, etc. Il en va de même de l’école rurale prise au sens large, c’est à dire des écoles, collèges et lycées ruraux, dont ne sont en général rapportées que les faiblesses, les difficultés, les contraintes, etc. qui la pénaliseraient par rapport à son homologue urbaine (hors quartiers difficiles)…

 

Je vais donc tenter, en renversant pour une fois la perspective, de caractériser rapidement, sans pour autant nier les difficultés auxquelles elle est confrontée (1), les différents atouts, réels ou supposés, qui sont susceptibles de permettre aux milieux ruraux et à l’école rurale de se montrer à leur avantage.

  

Les atouts des milieux ruraux

 

En matière de ruralité, je me réfèrerai à la nouvelle nomenclature mise au point en 1998 par l’INSEE et l’INRA à partir de l’analyse des migrations quotidiennes entre lieux de travail et d’habitation (2). La ruralité française, forte de quelque 13 millions d’habitants répartis sur près de 71% du territoire national, n’est aujourd’hui plus du tout homogène dans la mesure où elle a perdu sa dominante économique agricole. Elle se décline ainsi en « espace rural sous faible influence urbaine », dans lequel 20% au moins des résidents travaillent en ville, en « pôles ruraux », dans lesquels le nombre d’emplois offert est au moins égal au nombre d’actifs résidents, en « périphérie des pôles ruraux », dans quoi 20% au moins des actifs résidents travaillent dans les pôles ruraux et enfin en « rural isolé » constitué de toutes les communes rurales n’appartenant à aucune des trois catégories précédentes.

 

Dans la grande majorité des cas, les territoires ruraux bénéficient, au-delà d’éventuels particularismes locaux favorables, au-delà de l’attractivité de leurs espaces préservés et/ou entretenus, d’atouts spécifiques importants. Leurs habitants développent ainsi plus souvent qu’on ne le voit ailleurs de réelles solidarités humaines. Leurs associations, culturelles notamment, mais aussi sociales, destinées à rompre un isolement dont ils pâtiraient fortement  si elles n’existaient pas, sont fréquemment très dynamiques. Enfin, leurs collectivités territoriales rivalisent parfois d’imagination pour inventer et créer des structures sociales ou économiques originales, type guichets uniques, dans un contexte difficile.

 

(1)     Pour s’informer sur les difficultés de la ruralité, se reporter à la bibliographie de la fin de l’article.

 (2)   Les Campagnes et leurs villes, 1998, INRA/INSEE.

 

Les atouts de l’école rurale

 

L’école rurale, notamment dans ses formes de scolarisation spécifiques, contrairement aux préjugés qui avaient cours jusque dans les années 1990, vaut d’abord par la qualité de ses résultats dans les disciplines de base, français et mathématiques. Par les études qu’il avait commandées à la Direction de l’Evaluation et de la Prospective (1), le ministère de l’Education Nationale a clairement démontré, ce qui au début de la décennie 1990 a constitué pour tous une vraie surprise, que les élèves des classes à plusieurs niveaux, et singulièrement des classes uniques, notamment les classes qui regroupaient plus de trois cours, obtenaient des résultats en français comparables à ceux des élèves scolarisés dans des classes à un seul niveau et des résultats en mathématiques supérieurs, de façon statistiquement significative, à ceux des élèves scolarisés dans des classes à un seul niveau. L’efficacité de ce mode de scolarisation primaire bien adapté à la ruralité a été ainsi attestée. Pour autant, mais on ignore encore pourquoi, les bons résultats de ces élèves issus de classes à nombreux niveaux ne tiennent pas véritablement la distance, et leurs résultats scolaires déclinent à mesure que leur scolarité secondaire se déroule, au point qu’en fin de collège ceux-ci se dirigent en beaucoup moins grand nombre que les élèves urbains (-10%) vers les 2ndes générales et technologiques de lycée (2). L’Observatoire de l’Ecole Rurale (OER), structure de recherche créée par les IUFM d’Aix-Marseille, Auvergne, Grenoble, Franche-Comté et Lyon, qui suit nominativement un panel de 2500 élèves ruraux et montagnards du CM2 à la 2nde, s’est donné pour tâche d’essayer de comprendre le phénomène.

 

Ce même observatoire a déjà montré que les écoles et les établissements ruraux qui font partie à la fois des « pôles ruraux » ou du « rural isolé » et de la « zone de montagne » (3) fonctionnent beaucoup plus en réseau et utilisent davantage les technologies de l’information et de la communication (TIC) que les autres écoles. Ces stratégies de rupture de l’isolement rural et montagnard développées à l’initiative des écoles et, souvent, des collectivités territoriales, sont accompagnées sur le plan institutionnel par des initiatives émanant de l’Etat mises en œuvre par ses échelons déconcentrés. C’est ainsi que les écoles rurales et montagnardes isolées bénéficient par exemple d’appuis pédagogique et logistique apportés d’équipes mobiles académiques de liaison et d’animation (EMALA).

 

Au niveau du secondaire, dans certaines régions, des établissement de petite taille, y compris des lycées, ont été implantés dans des « zones d’ombre » en matière de scolarisation pour  mailler plus densément le territoire éducatif rural. Une étude menée dans l’académie de Grenoble (voir bibliographie) a montré que le « rendement  éducatif » des collèges sis en zone de montagne (3) n’était pas, en règle générale, vraiment différent de ce qui se constatait en zone urbaine, notamment pour la probabilité d’accéder au lycée. Enfin, conformément aux articles 10 et 11 de la loi « Montagne » de 1985, l’offre de formation professionnelle initiale s’est, surtout dans l’enseignement agricole, adaptée aux besoins économiques locaux, notamment dans le domaine des formations conduisant à la pluriactivité.

 

 

(1)     Etudes de la Direction de la Programmation et du Développement conduites notamment par F. Oeuvrard.

 (2)     Travaux de l’IREDU (A. Mingat).

 (3)     Cf. décret de juin 1977

 

En guise de conclusion

 

En définitive, l’école rurale et montagnarde, bien souvent il faut le reconnaître en raison des défis auxquelle est est en butte, parfois pour simplement survivre, continue de jouer le rôle de laboratoire social, ici pédagogique, qui a été souvent le sien. La classe à plusieurs niveaux n’est ainsi aujourd’hui plus seulement un des bons outils de la scolarisation en milieux ruraux et montagnards. Elle s’avère également un instrument de premier ordre pour faire face efficacement, en milieu urbain, aux coups d’accordéon démographique que l’urbanisation impose fréquemment. L’école rurale a donc de vrais atouts, reconnus par de nombreuses études scientifiques conduites au sein même du ministère de l’Education nationale (voir bibliographie) et dans des laboratoires universitaires (ibid), pour s’imposer, aujourd’hui plus encore qu’hier, comme un vecteur du développement local tout en restant dans le cadre de ses missions définies par la loi d’orientation de 1989 toujours en vigueur.

 

  

Bibliographie rapide

 

-          Champollion P., Mittaine A., Perrot J.-P., Troussier D., L’Education Nationale en montagne : quelques éléments de constat, Rectorat de l’académie de grenoble, 1991.

 -          « Le Système éducatif en milieu rural », in Education et formations n° 43, 1995.

 -          Collèges et lycées, partenaires des territoires ruraux, 1997, La Documentation française.

 -          Alpe Y., Champollion P., Fromajoux R.-C., Poirey J.-L., 2001, L’Enseignement scolaire en milieu rural et montagnard, Tome 1, « Espaces ruraux et réussites scolaires », PUFC.

 -          Alpe Y., Champollion P., Fromajoux R.-C., Poirey J.-L., 2003, L’Enseignement scolaire en milieu rural et montagnard, Tome 2, « Au Seuil du collège », PUFC.

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RB 17/06/2010 09:29



Monsieur Anonyme (comme tout le monde)


Vous commentez bien promptement, trop certainement ... Car je vous ferais remarquer que vous rajoutez le mot 'Mauvais', QUI NE FIGURE PAS DANS LE COMMENTAIRE EN QUESTION, et cela change
complètement le sens du dit commentaire ! N'est-ce pas ?


Alors je ne sais ps trop à quel jeu vous jouez, mais avant de faire la leçon prenez la peine de lire correctement. Car ce commentaire n'est pas aussi clair que vous semblez le prétendre. La
preuve, vous vous êtes vous même pris les pieds dans le tapis ...


Mais il se pourrait que vous fûtes présent pour entendre la 'personne compétente' s'exprimer à ce sujet, bénéficiant en cela d'une grille de lecture bien plus complète que moi. Ceci expliquant ce
petit rajout si révélateur du mot 'mauvais'.


A malin, malin et demi donc !


Bien cordialement


RB



anonyme (comme tout le monde) 16/06/2010 23:13



l'anonyme de service va dans votre sens vous ne semblez pas l'avoir compris; il a dit que le mauvais argument de plusieurs niveaux ensemble avait été balayé ccomme inopérant. Il serait
bon avant de s'emballer de bien comprendre ce qui vous est dit: la phrase était pourtant claire "balayé" signifie bien enlevé, éliminé. Et cela a été dit par une personne très compétente
en la matiére.



lecoledufresnecamillyvivra 17/06/2010 07:16



Donc, si nous comprenons bien : lors du bureau du 9 juin un élu a essayé de suggérer que cette école n'était pas "viable" car composée de classes à plusieurs niveaux (on a déjà entendu ce genre
d'arguments au cours de réunions organisées dans un village contigu au notre), ce a quoi un autre élu du bureau lui aurait répondu que cet "argument" n'était pas reçevable car infondé. Est-ce
bien cela ? Quoi qu'il en soit, les responsabilités des uns et des autres seront affichées sur la place publique : nous serons toujours là et nous n'aurons pas oublié en mars 2014 et nous ferons
savoir aux administrés des communes dont relèvent ces élus de quoi il retourne précisément, et de façon argumentée. Et d'ici là, la dénonciation de ces pratiques continuera sur ce blog.  


 



RB 14/06/2010 22:35


Ouah Monsieur l'anonyme de service, ça c'est des arguments d'une portée plus qu'héliogabalique. Avec des types comme vous on fait avancer le débat de la façon la plus constructive qui soit !!! Vos
talents de contradicteur sont sans égal : qu'elle sagacité, qu'elle compétence. J'en suis abasourdi.

Ah, ah, ah, c'est à mourir de rire ... Rassurez-moi, vous ne siégez pas à la communauté de commune quand même ? Parce que si c'est le cas, cela expliquerait bien des choses.

Au fait une petite remarque en passant. Vous pouvez jouer au clown anonyme si vous voulez, grand bien vous fasses. Mais je vous ferais remarquer que votre adresse IP est enregistrée lorsque vous
postez, et moi avec ça je vous retrouve en moins de 5 minutes. Alors faites pas trop le malin hein !

RB


anonyme 14/06/2010 19:42


L'argument de l'école rurale à plusieurs niveaux a été balayé par une personne compétente et donc ignoré lors de la discussion du bureau communautaire dernier


lecoledufresnecamillyvivra 15/06/2010 07:50



Une personne "compétente" en matière d'enseignement, au bureau, voilà un concept intéressant !! Et cette "compétence", elle est auto-proclamée ? ou elle fut délivré par un organisme reconnu ? A
nos instituteurs, directeurs d'école, on demande nombres d'années d'études, de formations spécialisées, mais aux personnes du bureau - en charge de la commission scolaire au hasard - que demande
t'on ? Quelles compétences reconnues en matière d'enseignement ? Nada ! Nothing ! Peanuts ! Rien du tout ! Les seules compétences demandées sont : mauvaise foi, fourberie, hypocrisie, perfidie,
sournoiserie, ..... mais bravo au bureau pour avoir déniché de tels talents, cela est rare à trouver, nous n'avions pas ça en boutique du côté des parents d'élèves !


PR