Les Autarciens

Publié le par lecoledufresnecamillyvivra.over-blog.com


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            En allant la chercher ce soir-là à la garderie après sa journée d’école, je compris rapidement que quelque chose tourmentait ma petite fille. Sur le chemin de la maison, l’air enjoué qu’elle arborait d’ordinaire après une journée passée en compagnie de ses camarades de classe et de sa maîtresse préférée avait cédé la place à une mine mélancolique.

             Je l’interrogeais donc : « ça ne vas pas mon cœur ?»

            « Pourquoi tu dis ça ? » me demanda t’elle

            « Je ne sais pas, tu as l’air toute triste. Tu n’as pas été sage à l’école, la maîtresse t’a punie ? »

            « Non non, j’ai été très sage »

            « Alors, que se passe-t-il ? »

            Elle marqua une longue pause. Il était manifeste que son petit cerveau peinait à mettre en ordre les informations qu’il avait à gérer. Et, après avoir serpenté par des voies obscures, emprunté un itinéraire des plus tortueux dans sa petite tête, la phrase qu’elle voulait prononcer arriva enfin :

            « Papa, c’est vrai qu’il n’est pas en France notre village ? »

              Quelle drôle de question pensais-je alors. Des hordes de vikings sanguinaires avaient-elles décidé, dix siècles après leurs ainés, de reprendre possession de nos terres ? Atteint d’une poussée d’angoisse, je jetais un œil attentif aux rétroviseurs de ma voiture : nulle trace de ces barbares ! Soulagé, je m’attachais donc à la rassurer :

            « Mais bien sûr que si mon cœur, pourquoi dis-tu ça ? »

       Mises un moment au repos, ces méninges éprouvèrent quelques difficultés à digérer la révélation que je venais de leur faire. Après un temps de latence inhérent à leur phase de croissance, elles furent tout de même en mesure de prendre en charge les pensées de mon enfant.

 « Parce que, à l’école, il y a un grand qui dit qu’on ne vit pas en France, mais en Autarcie ! ».

            « Ou ça ? En Australie ? » - lui répondis-je, doutant que ma compréhension ait été affecté par le bruit du moteur.

            « Non ! En AU-TAR-CIE ! », reprit-elle de vive voix.

          J’avais donc bel et bien entendu. Les explosions régulières et entretenues émanant du bloc moteur de mon véhicule n’avaient finalement pas interférés avec ses propos. Décidément, je n’étais pas au bout de mes surprises en ce début de soirée : je me voyais maintenant confronté à une terre inconnue, certainement très éloignée, dont j’ignorais jusqu’à ce soir même l’existence ! Afin de ne pas perdre auprès de mon enfant la crédibilité imposée par ma fonction parentale, je me fis donc un devoir de lui rétorquer d’un air convaincu :

            « Et bien ! Il en raconte des bêtises ce grand-là, on dirait qu’il n’a pas bien appris ces leçons ! Bien sûr que non, on n’habite pas en AU-TAR-CIE ! Tu vas voir mon cœur, en rentrant je vais te montrer dans le dictionnaire où est la France et où se trouve l’Autarcie. »

           Arrivé donc dans cette bâtisse qui nous servait de demeure, notre première tâche à tout deux fût donc d’effeuiller ce vieux dictionnaire qui ne servait que trop rarement, pour trouver aux interrogations de mon enfant des réponses fondées.

           La France ne fût pas dure à situer, nous savions tous les deux plus ou moins où la trouver. « Tu vois », lui dis-je, « la France c’est ce grand pays-là, peuplée de gens accueillants et solidaires, toujours contents de voir s’installer à côté de chez eux des nouvelles familles avec plein d’enfants ! Et les gens qui s’occupent de ça, dans les mairies, ils sont tellement gentils qu’ils construisent plein de logements pour accueillir les familles les moins riches, même quand ils n’y sont pas obligés par la loi. Tu vois, ma grande, c’est pour ça que c’est une république la France : tous les gens sont égaux, et les plus riches aident les moins riches ! »

            « Ah, ils sont gentils les français », trouva t’elle le besoin d’ajouter, comme pour se rassurer. 

            « Bien sûr ma puce, ils sont très gentils les français », trouvais-je également le besoin d’ajouter.

           L’Autarcie nous prit bien plus de temps à localiser. Nous étions tous deux comme hypnotisés par cette carte, dans le défi que nous nous étions mutuellement lancé de découvrir cette terre étrange en premier. Je vins à bout de ce challenge. « Là ! » m’écriais-je ! Tout à la joie que j’étais de montrer à ma petite fille que son papa ne restait pas sans réponse à ces questions, même les plus ardues. Nous nous rapprochâmes alors tous les deux pour observer de plus près ce petit bout de terre étrange, au milieu de nulle part, à des lieux du continent le plus proche. « Ecoute, il est écrit que les gens qui habitent l’Autarcie sont des Autarciens. Ils vivent repliés sur eux-mêmes. Les chefs des tribus qui composent ce petit pays sont des êtres bourrus et inhospitaliers qui ne supportent pas que des personnes extérieures à leur bourgade construisent une maison et s’installent à côté de chez eux ».  « Tu vois mon cœur, rien à voir avec ce qui se passe dans notre village ! Alors tu diras à ce grand qu’il arrête de raconter des bêtises et qu’il apprenne un peu mieux ses leçons ».

            « D’accord »

            « Tiens, il y a même écrit qu’ils ne sont pas très malins de faire ça parce que, en agissant de la sorte, ils ont découragé des jeunes familles de s’installer en Autarcie et que maintenant ils n’ont même plus d’écoles parce qu’il n’y a plus d’enfant ! »

            « Ah bon ? Bien fait pour eux ! », pensa t’elle alors à voix haute.

            « Hum, hum, bien fait pour eux ….. », ajoutais-je.  

 

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Claire 10/05/2010 15:44


D'abord les grands ils font rien qu'à embêter les petits, en leur racontant plein de mensonges pas vrais, exprès pour faire les crâneurs...
L'Autarcie, mais bien sûr que ça n'existe pas, pffff, tout le monde sait ça ! Et pis si les écoles ferment, c'est la faute à la fatalité !